L’état civil constitue la base juridique de l’identité des personnes. Chaque naissance, mariage ou décès y est consigné par un officier de l’état civil et devient un acte authentique, c’est-à-dire un document officiel faisant foi de l’état d’une personne. En Belgique, ce système trouve son origine dans la Révolution française et s’est maintenu pendant plus de deux siècles sous la forme de registres manuscrits conservés dans les communes. Depuis 2019, ces actes sont désormais enregistrés sous forme électronique dans une base de données nationale.
La création de l’état civil
Avant la fin du XVIIIᵉ siècle, l’enregistrement des événements de la vie relevait essentiellement de l’Église. Les curés tenaient les registres paroissiaux de baptêmes, mariages et sépultures.
La rupture intervient avec le décret du 20 septembre 1792 relatif aux actes de l’état civil, adopté pendant la Révolution française. Ce texte retire cette compétence au clergé et la confie aux municipalités. Les actes deviennent alors des documents administratifs rédigés par un officier de l’état civil.
Lorsque les territoires belges sont annexés à la France en 1795, ce système est appliqué dans toutes les communes.

La codification dans le Code civil
Le fonctionnement de l’état civil est ensuite fixé par le Code civil du 21 mars 1804.
Les règles relatives aux actes se trouvent dans le Livre I consacré aux personnes, plus précisément dans les dispositions qui régissaient traditionnellement les actes d’état civil (anciens articles 34 à 101 du Code civil avant la réforme récente).
Le Code civil organise notamment :
la rédaction des actes
la présence de témoins
la signature des déclarants
la conservation des registres
Chaque commune doit tenir deux registres originaux. L’un reste conservé à la commune, l’autre est déposé au tribunal de première instance.
Les actes d’état civil deviennent ainsi des actes authentiques, dotés d’une force probante particulière en droit : ils font foi de l’état d’une personne jusqu’à inscription de faux.
L’état civil dans la Belgique indépendante
Après l’indépendance de la Belgique, le système napoléonien est conservé.
La Constitution belge du 7 février 1831 prévoit que la rédaction des actes de l’état civil relève exclusivement des autorités communales.
Dans la pratique, cette fonction est exercée par le bourgmestre, qui agit comme officier de l’état civil, ou par un échevin délégué.
Pendant plus de cent cinquante ans, ce système reposera presque entièrement sur des registres papier, rédigés à la main puis dactylographiés.

Les mentions marginales : suivre la vie d’une personne
Les registres d’état civil possèdent une particularité importante : les mentions marginales.
Il s’agit d’annotations ajoutées dans la marge d’un acte pour signaler un événement juridique intervenu ultérieurement. Ainsi, un acte de naissance peut recevoir différentes mentions au fil de la vie de la personne.
On peut par exemple lire dans la marge :
« Marié à Mons le 12 juin 1954 »
« Divorce prononcé par le tribunal de Charleroi le 3 mars 1972 »
« Décédé à La Louvière le 18 septembre 1999 »
Ces annotations sont généralement inscrites à la suite d’un acte établi dans une autre commune, d’un jugement judiciaire ou d’une décision administrative. Ce système permettait de relier entre eux les événements importants de la vie civile d’une personne et de suivre son parcours juridique tout au long de son existence.
Dans la pratique, ces mentions ne sont toutefois pas toujours présentes dans les registres les plus anciens. Au XIXᵉ siècle et au début du XXᵉ siècle, leur inscription reste parfois irrégulière selon les communes et les événements. Leur usage devient progressivement plus systématique au cours du XXᵉ siècle avec l’amélioration des échanges administratifs entre les officiers de l’état civil.

Un outil précieux pour la recherche généalogique
Les registres d’état civil et leurs mentions marginales constituent aujourd’hui une source essentielle pour les historiens et les généalogistes. Un acte de naissance ne se limite pas à l’identité de l’enfant. Il mentionne également l’identité complète des parents, leur âge, leur profession ainsi que leur domicile. Ces informations permettent de situer une famille dans un contexte social et géographique précis.
Les mentions marginales apportent une dimension supplémentaire. Elles permettent de suivre l’évolution de la vie d’une personne : mariage, divorce, adoption, changement de nom ou décès. Pour un généalogiste, ces annotations jouent souvent un rôle déterminant. Une mention de mariage peut indiquer la commune où poursuivre la recherche. Une mention de décès peut orienter vers une autre série d’archives. Dans certains cas, une simple note inscrite dans la marge d’un registre peut permettre de reconstituer plusieurs générations d’une même famille.
En Belgique, les délais de consultation des actes d’état civil sont aujourd’hui fixés par la législation archivistique (voir notre article sur le sujet : Publicité et communicabilité des actes de l’état civil en Belgique
La modernisation numérique de l’état civil
Pendant plus de deux siècles, les registres restent entièrement matériels. Chaque commune conserve ses volumes d’état civil dans ses archives. Ce système présente toutefois plusieurs limites : accès difficile, multiplication des démarches administratives et impossibilité de consultation immédiate entre communes. Pour moderniser cette gestion, le législateur adopte la loi du 18 juin 2018 portant dispositions diverses en matière de droit civil. Cette loi crée la Banque de données des actes de l’état civil (BAEC).
Depuis le 31 mars 2019, les actes sont établis directement sous forme électronique et enregistrés dans cette base de données nationale. Les actes électroniques possèdent la même valeur juridique que les anciens actes authentiques.
La réforme a ensuite été complétée par plusieurs adaptations législatives, notamment la loi du 31 juillet 2020 portant dispositions urgentes en matière de justice et la loi du 13 septembre 2023, destinées à améliorer le fonctionnement de la base de données et à corriger certains aspects techniques.

La transformation des mentions marginales
La mise en place de la BAEC a profondément modifié le fonctionnement des mentions marginales. Dans les anciens registres, les événements étaient ajoutés physiquement dans la marge du document. Dans le système numérique, les actes sont désormais reliés entre eux dans la base de données. Lorsqu’un mariage est enregistré, l’acte est automatiquement associé aux actes de naissance des époux, de la même manière, l’enregistrement d’un décès est directement relié à l’identité de la personne concernée.
Le principe reste toutefois identique : assurer la continuité de l’état civil tout au long de la vie. Seul le support a changé.
Une transition entre deux époques
Les registres papier d’état civil constituent aujourd’hui une source historique majeure. Conservés dans les archives communales ou aux Archives de l’État, ils permettent de retracer la vie des individus depuis la fin du XVIIIᵉ siècle.
La numérisation introduite en 2019 marque toutefois une nouvelle étape dans l’histoire de l’administration belge. L’état civil est désormais géré comme une base de données nationale, accessible à l’ensemble des communes.
Cette évolution illustre le passage d’une administration fondée sur l’écrit manuscrit à un système numérique destiné à garantir une gestion plus rapide, plus cohérente et plus sécurisée de l’identité juridique des citoyens.
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Sources juridiques
- BELGIQUE. Constitution belge du 7 février 1831. Bruxelles : Moniteur belge.
- BELGIQUE. Loi du 18 juin 2018 portant dispositions diverses en matière de droit civil. Moniteur belge, 2 juillet 2018.
- BELGIQUE. Loi du 31 juillet 2020 portant dispositions urgentes diverses en matière de justice. Moniteur belge, 9 août 2020.
- BELGIQUE. Loi du 13 septembre 2023 modifiant le Code civil en matière d’état civil. Moniteur belge, 29 septembre 2023.
- FRANCE. Décret du 20 septembre 1792 relatif aux actes de l’état civil. Assemblée législative.
- FRANCE. Code civil Français. 21 mars 1804. Livre I : Des personnes.
Bibliographie
- CORNU, Gérard. Droit civil : introduction, les personnes, les biens. 13ᵉ éd. Paris : Montchrestien, 2007.
- HALPÉRIN, Jean-Louis. Histoire du droit privé français depuis 1804. Paris : Presses Universitaires de France, 2012.
- LOTTIN, Alain. Les registres paroissiaux et l’état civil : histoire et sources. Paris : Archives & Culture, 2010.
- VAN HOVE, Paul. L’état civil en Belgique : histoire et évolution administrative. Bruxelles : Bruylant, 2005.
- GUBIN, Éliane ; NANDRIN, Jean-Pierre ; VAN DEN WIJNGAERT, Mark ; DENECKERE, Gita. La Belgique contemporaine (1830-2000). Bruxelles : Complexe, 2005.
Webographie
- SERVICE PUBLIC FÉDÉRAL INTÉRIEUR. Banque de données des actes de l’état civil (BAEC). [en ligne]. Disponible sur : https://www.ibz.rrn.fgov.be (consulté le 2 mars 2026).
- BELGIQUE. Moniteur belge – législation belge. [en ligne]. Disponible sur : https://www.ejustice.just.fgov.be (consulté le 4 mars 2026).
- ARCHIVES DE L’ÉTAT EN BELGIQUE. L’état civil et les registres paroissiaux. [en ligne]. Disponible sur : https://www.arch.be (consulté le 8 mars 2026).
- PORTAIL OFFICIEL BELGE. L’état civil en Belgique. [en ligne]. Disponible sur : https://www.belgium.be (consulté le 2 février 2026).
- CENTRE INTERNATIONAL DE L’ÉTAT CIVIL (CIEC). Guide pratique – Belgique. [en ligne]. Disponible sur : https://ciec1.org (consulté le 8 mars 2026).




