La Louvière, du domaine forestier à la grande ville industrielle du Centre


La Louvière est une ville relativement récente à l’échelle de l’histoire européenne. Elle ne naît ni d’un bourg médiéval ni d’une ancienne cité fortifiée, mais de la révolution industrielle. En un peu plus d’un siècle, un simple territoire rural dépendant de Saint-Vaast devient l’un des centres industriels majeurs du bassin du Centre. Son histoire est marquée par l’exploitation du charbon, par une croissance démographique rapide, mais aussi par des bouleversements administratifs importants, notamment la création du Grand La Louvière pendant l’occupation allemande et la fusion des communes entrée en vigueur le 1ᵉʳ janvier 1977 qui donnera naissance à la ville actuelle.

Un territoire ancien, un nom médiéval

À l’origine, La Louvière n’est pas une ville mais un domaine rural situé sur le territoire de l’ancienne commune de Saint-Vaast, lié aux possessions de l’abbaye d’Aulne. Les documents médiévaux montrent l’évolution progressive du nom : Luperia au XIIᵉ siècle, Lovaria puis Lovière, avant d’aboutir progressivement à la forme actuelle à la fin du XIIIᵉ siècle. Le toponyme renvoie au repaire du loup, souvenir d’un territoire couvert de forêts appartenant à l’ancienne forêt charbonnière qui occupait une large partie du Hainaut.

Pendant plusieurs siècles, la région reste essentiellement rurale. Quelques hameaux et exploitations agricoles occupent le territoire, mais aucun centre urbain structuré n’existe encore.

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La révolution du charbon et la naissance de la ville

L’histoire bascule avec l’exploitation du charbon. Des traces d’exploitation de houille existent dès la fin du Moyen Âge dans la région. Cependant, ce n’est qu’à partir du XVIIIᵉ siècle et surtout au XIXᵉ siècle que l’exploitation devient véritablement industrielle.

La région s’inscrit alors dans le bassin houiller du Centre, qui comprend notamment les charbonnages de Houdeng, Maurage ou Bois-du-Luc. Le charbon alimente le développement de nombreuses activités industrielles : sidérurgie, verreries, constructions mécaniques, production de matériel ferroviaire et céramiques.

L’urbanisation est rapide. Les mines attirent une main-d’œuvre nombreuse, des cités ouvrières sont construites et un réseau de transport moderne se met en place. La construction du canal du Centre, entamée au XIXᵉ siècle, et l’arrivée du chemin de fer facilitent l’exportation du charbon et des produits industriels.

Cette croissance transforme radicalement le territoire. Le hameau de La Louvière devient rapidement plus important que la commune dont il dépend encore, Saint-Vaast.

La création de la commune en 1869

La situation administrative devient alors incohérente : l’agglomération industrielle la plus dynamique du secteur reste juridiquement rattachée à une commune rurale.

Pour résoudre ce problème, l’État belge décide de créer une nouvelle commune. La loi du 27 février 1869 érige La Louvière en commune autonome. Cette décision officialise l’existence d’une ville qui s’est développée essentiellement grâce à l’industrie.

La population augmente rapidement dans les décennies suivantes, alimentée par les besoins de l’industrie et par l’arrivée de travailleurs venus d’autres régions de Belgique puis de l’étranger, notamment des travailleurs italiens après la Seconde Guerre mondiale dans le cadre des accords de main-d’œuvre conclus entre la Belgique et l’Italie.

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La Louvière pendant la Seconde Guerre mondiale

L’occupation allemande entraîne une réorganisation administrative dans plusieurs régions industrielles belges afin de centraliser la gestion des grandes agglomérations.

Dans ce contexte, un arrêté publié en 1942 impose la création d’une entité administrative appelée Grand La Louvière, regroupant la ville et plusieurs communes voisines sous l’autorité d’un bourgmestre rexiste.

Cette agglomération est organisée en cinq districts administratifs.

La guerre touche directement la ville. Entre mars et septembre 1944, plusieurs bombardements alliés visent les infrastructures ferroviaires et industrielles du bassin du Centre.

La libération de La Louvière intervient le 4 septembre 1944, lorsque les troupes américaines progressant à travers la Belgique entrent dans la ville au cours de l’offensive qui suit la libération de Bruxelles.

Après la libération, les structures administratives imposées par l’occupant disparaissent et les communes retrouvent leur autonomie.

La grande fusion des communes de 1977

L’idée d’une grande agglomération ne disparaît toutefois pas complètement après la guerre. Elle réapparaît lors de la réforme administrative belge visant à réduire le nombre de communes.

La réforme communale décidée par l’arrêté royal du 17 septembre 1975, ratifié par la loi du 30 décembre 1975, entre en vigueur le 1ᵉʳ janvier 1977, modifiant profondément la carte administrative du pays.

La Louvière devient alors une commune élargie qui regroupe plusieurs anciennes communes du bassin industriel : La Louvière, Saint-Vaast, Boussoit, Haine-Saint-Paul, Haine-Saint-Pierre, Houdeng-Aimeries, Houdeng-Goegnies, Maurage, Strépy-Bracquegnies et Trivières. À cet ensemble s’ajoute le hameau de Besonrieux, issu de l’ancien territoire de Familleureux.

Cette réforme donne naissance à la commune actuelle.

By Anonymous – Arthur Dufrasne (dufrasne1) – Geneanet, Public Domain, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=183383289

Une population façonnée par l’industrie

L’évolution démographique de La Louvière reflète directement son histoire industrielle. Au XIXᵉ siècle, la population augmente rapidement avec l’expansion des charbonnages et des usines. La ville devient l’un des centres industriels majeurs de Wallonie.

Au XXᵉ siècle, malgré les crises économiques et les fermetures de mines entre la fin des années 1950 et le début des années 1970, la population reste importante. Aujourd’hui encore, la commune dépasse 80 000 habitants, ce qui en fait l’une des villes les plus importantes du Hainaut.

By Jean-Pol GRANDMONT – travail personnel, CC BY 3.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=4638739

Une ville héritière du bassin industriel du Centre

L’histoire de La Louvière est celle d’une ville née de l’industrie. En un siècle, un territoire rural dépendant de Saint-Vaast devient une agglomération industrielle majeure, marquée par les charbonnages, les usines et les migrations ouvrières.

Les transformations administratives — création de la commune en 1869, expérience du Grand La Louvière pendant l’occupation et fusion des communes entrée en vigueur le 1ᵉʳ janvier 1977 — témoignent des tentatives successives d’adapter l’organisation territoriale à la réalité d’un bassin industriel en pleine expansion.

Aujourd’hui, même si les mines ont disparu, cette histoire industrielle continue de structurer l’identité de la ville et de son territoire.

Bibliographie
  • HUWÉ, Marcel ; MENGAL, Fidèle ; LIÉNAUX, Fernand. Histoire et petite histoire de La Louvière. La Louvière : Éditions du Cercle d’Histoire et d’Archéologie de La Louvière, 1984.
  • SIRJACOBS, Raymond. Saint-Vaast et les origines de La Louvière. La Louvière : Cercle d’Histoire et d’Archéologie, 2016.
  • DEWEIR, Alain. Saint-Vaast, berceau de La Louvière : histoire d’un village du bassin du Centre. La Louvière : Cercle d’Histoire et d’Archéologie, 2008.
  • GOBERT, Théophile. Histoire du Pays de Liège et du bassin industriel wallon. Bruxelles : Culture et Civilisation, 1975.
  • DUMONT, Georges-Henri. Histoire de la Wallonie. Bruxelles : Le Cri, 1998.
  • GÉRARD, Joseph. Le bassin industriel du Centre : charbonnages et développement urbain. Mons : Université de Mons, 2002.
Webographie

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